Le plaisir de l’incertitude et du chaos

4 mai 2020 Posted by Uncategorized 0 thoughts on “Le plaisir de l’incertitude et du chaos”

L’avalanche d’informations anxiogènes qui nous inonde depuis plusieurs semaines laisse supposer que la crise et l’incertitude sont des états délétères et destructeurs pour notre humanité. Paradoxalement, je suis convaincu du contraire, probablement sous l’effet du printemps qui arrive. La crise et l’incertitude sont des états créateurs.

La Création de la Lumière, 
Gustave Dore
Illustrateur, peintre, sculpteur et graveur il a notamment illustré les fables de la Fontaine, l'enfer de Dante et réalisé de nombreuses caricatures.
La Création de la Lumière,
Gustave Dore
Peintre, sculpteur, graveur, illustrateur notamment des fables de la Fontaine, de l’enfer de Dante et de nombreuses caricatures.

Si l’on revisite la théogonie grecque, on se souviendra que, selon Hésiode, « au commencement, fut Chaos, et puis la Terre au vaste sein et le Tartare sombre dans les profondeurs de la vaste terre ». Chaos préfigure la création du Monde et dans ses Métamorphoses, Ovide le décrit comme « une masse informe et confuse qui n’était encore rien que poids inerte, amas en un même tout de germes disparates des éléments des choses, sans lien entre eux ». Le Chaos se caractérise par l’idée d’un gouffre sans fond où l’on fait une chute sans fin et sans repère. Mais la Terre-Gaia apparaît ensuite, stabilise l’horizon et la vie peut éclore. La métaphore grecque fait-elle sens en ces temps de pandémie ? Accepter le déséquilibre et la chute provoqués par le chaos de la crise serait-il la première étape vers un renouveau créateur ? 

Accepter le déséquilibre et la chute provoqués par le chaos de la crise serait-il la première étape vers un renouveau créateur ? 

Pour François Cazals, professeur de stratégie à HEC Paris, cette crise met à mal des dogmes profondément enracinés dans notre idéologie économique : une création de valeur centrée sur le profit, une approche systématiquement concurrentielle entre acteurs et une croyance dans la prévisibilité des marchés et le pouvoir de la planification stratégique. Et j’ajouterais une logique court-termiste qui s’est installée sous la pression de la finance. Ces dogmes s’effondrent avec la crise qui laisse s’installer le temps long. Mais ces dogmes enracinés dans nos cultures peuvent redevenir les dogmes de demain si nous n’entrons en résistance et ne profitons du chaos pour redessiner un nouvel horizon. Toujours selon François Cazals, ce renouveau stratégique pourrait s’appuyer sur quelques idées simples mais puissantes :

Le chaos de la crise a permis en un temps record de réinventer nombre de modalités d’organisation du travail et, plus largement de nos vies, en orientant les énergies et le génie collectif vers des essentiels : combien de solutions improbables, de nouvelles solidarités, d’initiatives, d’alliances et d’inventions se sont catalysées en quelques semaines ? Il existera le monde d’avant et celui d’après cette accélération ralentie du temps. Et deux catégories d’Hommes vont émerger : ceux accrochés au passé et aux dogmes d’avant, ou ceux tournés vers un horizon nouveau qui prennent plaisir à l’incertitude et au chaos pour permettre un futur plus désirable que celui que la révolution industrielle et la mondialisation avaient tracés irrémédiablement.

Covid-19 : Faire face à l’incertitude, quelles valeurs devons-nous mobiliser ?

2 avril 2020 Posted by Actualités 0 thoughts on “Covid-19 : Faire face à l’incertitude, quelles valeurs devons-nous mobiliser ?”

En ces temps troublés de pandémie mondiale, nous vivons un moment d’une intensité émotionnelle individuelle et collective inédite. Nous observons des comportements extraordinaires et paradoxaux de courage, d’abnégation et d’engagement, comme des mouvements de repli sur soi, d’égoïsmes et de contagion par la peur, menaçant parfois notre capacité à vivre ensemble. La crise révèle ce que nous sommes en profondeur et questionne notre volonté de partager un destin commun : comment donner du sens à ce qui nous arrive ? Comment garder le cap dans la tempête ? Quelle force collective devons-nous mobiliser pour rebondir et reconstruire demain, ensemble et simplement ? 

L’expérience des guides et des secouristes de haute montagne, qui gèrent au quotidien l’incertitude dans un environnement à risques, peut nous aider à comprendre ce qui se passe et esquisser les essentiels pour traverser cette crise sans trop de dommages additionnels. Nos sociétés occidentales ont développé une culture du risque rationnelle et ont enfoui profondément l’idée de l’incertitude que nos modèles mentaux cartésiens avaient soigneusement tenté d’écarter. Ce déni a accru la latence de notre réaction collective. Il est une des clefs de compréhension de la dynamique des évènements que nous vivons depuis plusieurs semaines. L’incertitude efface nos repères habituels et ouvre un horizon hypothétique qui fait peur.

L’incertitude efface nos repères habituels et ouvre un horizon hypothétique qui fait peur

Sidérés, abasourdis, nous marchons sur une banquise à la dérive, sans carte ni boussole, comme les explorateurs polaires du XIXème siècle. Pour eux jadis comme pour nous aujourd’hui, les choix vont s’ancrer sur ce qui nous reste, c’est-à-dire sur ce que nous sommes et sur nos valeurs essentielles. Nous venons de partager un webinar pour les Sommets du digital avec Laurence Bret-Stern, ancienne directrice marketing de Linkedin, sur cette idée : quelles valeurs pouvons-nous mobiliser en ces temps de crise dans un contexte de distanciation sociale et de travail à distance ? Comment relier ces valeurs à des principes d’action simples ? Les guides et les secouristes de haute montagne, comme les marins, s’adossent depuis des décennies à ces repères pour cheminer dans l’incertitude.

Discernement, esprit de solidarité, souci de la sécurité et ingéniosité, sens de l’engagement sont les valeurs que nous essayons de vivre en montagne

Chaque montagnard aura peut-être sa propre lecture des essentiels qui soutiennent l’action. Mais, nous convergerons sur ces sujets.

Ces valeurs peuvent apparaître comme des repères utiles pour traverser les évènements. Le risque aujourd’hui, c’est la fragmentation des organisations, le télétravail, le repli sur soi, la contagion par la peur par le flot des informations anxiogènes, c’est aussi d’oublier potentiellement le sens et les valeurs essentielles pour s’appuyer, pour prendre appui. Nous pourrions aussi citer comme repère la devise républicaine : Liberté, Egalité et Fraternité… Chacun doit en tout cas s’interroger sur ce qui compte vraiment. Mais plus encore, au sortir du confinement, il faudra prendre le temps de s’écouter, de partager, de comprendre, de tirer les enseignements des évènements pour reposer sur la table commune les valeurs essentielles que nous voulons mettre au coeur de notre projet futur de société pour construire un horizon plus durable et juste.

Repérage, décision et choix d'un itinéraire de Learning Expeditions.

Naviguer dans l’incertitude : savons-nous encore utiliser notre boussole naturelle ?

5 décembre 2019 Posted by Actualités 0 thoughts on “Naviguer dans l’incertitude : savons-nous encore utiliser notre boussole naturelle ?”

Blaise Agresti fait un lien entre l’actualité (Mike Horn) et l’histoire de ce type d’explorations en soulignant la nécessité de bien savoir s’orienter.

L’invention du métier de guide

8 juillet 2020 Posted by Uncategorized 0 thoughts on “L’invention du métier de guide”

L’étymologie du mot “guide” se perd dans des variations indo-européennes, mais chacun s’accorde sur l’idée de son rôle essentiel qui est de “montrer le chemin”. Si l’on cherche le sens latin, cela nous orientera vers la figure du chef (“dux”), alors que le sens grec nous indique celui qui montre le chemin “odos”. Le mot “guide” désigne donc cette alliance subtile entre la figure symbolique du chef et celle de celui qui montre le chemin…

En montagne, la figure du guide symbolise les valeurs fortes de la responsabilité et de l’engagement au service des clients. Au fil des décennies, il est aussi devenu un symbole de liberté.

L’organisation de ce métier est consécutive à un des premiers drames du Mont-Blanc en août 1820 voici 200 ans : l’affaire du docteur Hamel. 

La caravane formée des guides, des porteurs et des clients Hamel et Anderson traverse le village de Chamonix et le hameau des Pèlerins pour rejoindre l’itinéraire historique de la première ascension du Mont Blanc en 1786 par Balmat et Paccard. Après deux nuits passées aux Grands-Mulets, les deux clients exigent de parvenir jusqu’au sommet malgré des conditions météorologiques défavorables. Les guides, qui sont au nombre de treize, n’osent refuser ce caprice. Le client est roi ! Alexandre Dumas raconte : «A huit heures du matin, le docteur Hamel voulut continuer le voyage. Si l’un de nous avait eu cette idée, nous l’aurions pris pour un fou et nous lui eussions lié la jambe afin qu’il ne pût faire un pas; mais le docteur était étranger, il ignorait les dangereux caprices de la montagne; nous nous contentâmes donc de lui répondre que faire seulement deux lieues, malgré les avertissements que le ciel donnait à la terre, c’était défier la Providence et tenter Dieu. Le docteur Hamel frappa du pied, se retourna vers le colonel Anderson, et murmura le mot : Lâches.» Les guides accusent le coup mais reprennent leur progression dans de la neige fraîche qui leur arrive à la hauteur des genoux. Alexandre Dumas poursuit : «En marchant sur une seule ligne, nous tranchions, comme avec une charrue, cette neige molle et nouvelle qui n’avait point encore d’appui; dès lors, le talus étant trop rapide pour la retenir en équilibre, elle dut glisser.”

L’avalanche emporte le groupe et une partie est précipitée au fond d’une crevasse. Les survivants s’extraient comme ils le peuvent, mais le constat est effarant : trois guides manquent à l’appel. “Les autres sont dans le grande crevasse” répondit Mathieu Balmat qui se tordait les mains de désespoir. La redescente est éprouvante et rapidement les accusations sont lancées contre l’attitude du docteur Hamel. De son côté, il critique l’attentisme des guides lors de l’avalanche et leur incapacité à faire face. La vallée est meurtrie. Le gouvernement Sarde accordera des pensions aux veuves et soutiendra les démarches des guides pour créer une organisation nouvelle avec une caisse de secours afin de venir en aide en cas d’accident d’un des leurs. Dès 1821, la compagnie des guides de Chamonix verra le jour, ouvrant une nouvelle ère, notamment en rééquilibrant la relation entre le guide et le client et en organisant le partage du travail. Un nouveau métier venait de naître, celui de guide de haute montagne.

Top 10 des lectures Montagne

2 juillet 2020 Posted by Uncategorized 0 thoughts on “Top 10 des lectures Montagne”

Pendant le mois de juin, Mountain Path a produit l’émission ESPRIT DE CORDÉE – Des rencontres pour (re)découvrir la montagne, sous la houlette du Syndicat des Guides de Montagne. Animées par Blaise Agresti, ces discussions ont regroupé des invités de marque. Guides de montagne, grands dirigeants d’entreprise et d’institutions publiques, chercheurs au CNRS, professeurs, médecins, explorateurs, tous ont pour point commun leur passion de la montagne. Qu’elle soit leur lieu de travail, leur domaine de recherche ou leur refuge, elle incarne pleinement leur rapport au monde, aux autres et à eux même.

Voici leurs recommandations de lectures recueillies

à retrouver en intégralité dans les 4 épisodes d’ESPRIT DE CORDÉE disponibles sur Youtube !

Philippe Claudel & la montagne

2 juillet 2020 Posted by Uncategorized 0 thoughts on “Philippe Claudel & la montagne”

Philippe Claudel est écrivain et dramaturge. Il a récemment été publié Le Lieu Essentiel chez Arthaud, un livre qui retranscrit les parallèles qu’ils ressent entre sa vie d’écrivain et sa relation intime à la montagne.

” En tant qu’asthmatique, j’avais l’impression d’être un être malingre, fragile, peu adapté au monde d’en bas, et que à partir du moment où j’étais en montagne, soudain mes poumons pouvaient enfin prendre toute leur ampleur, se développer.

J’étais enfin moi-même

La montagne a toujours été un lieu essentiel, un lieu où je pouvais me réaliser, m’épanouir dans cette relation du petit face à l’infini. De l’homme par rapport à un univers qui le dépasse complètement. À la fois qu’il comprend par sa pensée, et qu’il arrive à projeter en peinture, en écriture et dans ses dimensions artistiques… Il me semble qu’il y a une montagne pour tous les âges. Lorsqu’on est dans une jeunesse un peu fougueuse, on a envie de se frotter à un réel âpre, rugueux et porteur de danger, pour mieux se connaître et connaître ses limites. Avec le temps, l’amour pour une montagne plus humaine, une montagne moyenne peut parfois prendre le pas. Une balance se fait avec l’envie d’être en haute montagne. L’amour d’être dans une montagne qui a été façonnée par l’homme, avec les essartages, l’entretien des alpages, le pastoralisme. Là où l’homme peut se reconnecter, à ce monde qui lui fait défaut. La plupart d’entre nous sont maintenant des urbains, et

Elle nous permet de trouver à la fois trouver une forme de sérénité et de miroir à soi-même

Le confinement a donné à beaucoup d’entre nous l’occasion d’avoir une réflexion sur l’espace et le temps. Nous étions dans des espaces confinés, dans des journées qui se ressemblaient toutes. L’espace et l’écoulement du temps nous manquaient, on était dans un espèce de présent perpétuel. On prenait conscience de ce que  l’ailleurs  pouvait  nous  apprendre  de  nous- même et nous être indispensable. Soudain, les hommes ont redécouvert qu’ils vivaient dans une planète qui avait un son et espace qui leur manquait.”

by Mountain Path et le SNGM

Aiguille Verte, 100 ascensions sur les traces d’Armand Charlet

8 juin 2020 Posted by Uncategorized 0 thoughts on “Aiguille Verte, 100 ascensions sur les traces d’Armand Charlet”
Photo de Mario Colonel, Alain et  Quentin Iglesis sur l’arête sommitale de l’aiguille Verte.

On connaissait les “100 plus belles” de Gaston Rebuffat. Voici les “100 ascensions de la plus belle des montagnes” par Alain Iglesis, ancien gendarme du PGHM de Chamonix, qui vient de gravir l’aiguille Verte pour la centième fois. Un exploit discret à l’image de cet ancien secouriste toujours animé d’une passion inoxydable, qui gravit les montagnes avec la précision d’une montre suisse.

Ma 100ème « Verte », le récit d’Alain Iglésis

Après une observation à la jumelle depuis le sommet de l’aiguille du Midi le dimanche 17 mai 2020, je constate que les conditions du couloir en Y à l’Aiguille Verte sont favorables. Les prévisions  météorologiques sont bonnes pour les prochains jours, mais le train du Montenvers est fermé. Tant pis pour le train, après deux mois de confinement je ne veux pas rater ce créneau.

Départ le mardi 19/05/2020 à 7 h 10 à pied depuis la DZ des Bois. Direction le refuge de La Charpoua, via Les Mottets et le Montenvers.  A 12 heure 20, j’arrive au refuge. L’endroit est désert, pas de trace de passage. Contrairement à mon habitude, je n’envisage pas d’aller faire la trace jusqu’à la rimaye, car je pense que, la nuit prochaine, le regel sera bon. Je préfère me reposer, faire sécher mes affaires au soleil ( j’ai mouillé la chemise ! ), et me restaurer tout en profitant de ce cadre magnifique.  J’en  profite pour me ravitailler en eau de fonte au pied des dalles en contrebas du refuge.

Mercredi 20/05/2020 lever à 01h30. Départ du refuge à 2h20. Comme prévu, les conditions de gel sont favorables. Absence de lune. Il fait nuit noire (ça aussi c’était prévu). Vers 3 heures 45, à 3350 mètres, je franchis la rimaye . Au-dessus les ressauts sont bien fournis, et la glace tendre permet de bons ancrages. Par une grande traversée vers la gauche au-dessus d’un rognon rocheux, je prends pied dans le couloir proprement-dit vers 3500 m. La neige dure rend la progression aisée. Vers 3750 mètres, je m’engage dans la branche de gauche qui me conduit sur l’arête sommitale. Vers 6 heures, je débouche sur l’arête, à proximité de la pointe Croux. Le vent du nord qui est au rendez-vous s’est chargé de transporter de la neige et rend la progression plus pénible. Pour rejoindre le sommet, j’enfonce jusqu’aux chevilles.

A 6 heures 20, je foule le sommet pour la 100 ème fois. 

Je profite de ce moment magique pour faire quelques photos. Le vent ne m’invite pas à rester plus longtemps. Je sais que je ne dois pas m’attarder au sommet si je veux profiter de la neige dure dans la descente.  Vers 6 heures 35, je m’engage dans le couloir Whymper. Vers 7 heures 10, dans le haut du couloir secondaire, je croise deux alpinistes, les skis sur le dos, qui envisagent de skier le couloir Couturier. Vers 7 heures 30, je franchis la rimaye en rive droite, et je prends pied sur le glacier de Talèfre.  Avant que la neige transforme, je poursuis la descente vers le refuge du Couvercle où j’arrive à 8 heures 40. Je suis accueilli par Christophe le gardien. Après avoir remis la batterie à niveau, je quitte le refuge vers 9 heures 20. Je dois rester vigilant, car la course n’est terminée qu’une fois dans la vallée. La descente par les Egralets, le glacier de Leschaux et la mer de glace se fait sous un ciel radieux. A 13 heures 10, je suis de retour à la DZ des Bois où m’attend mon vélo. Je suis content d’avoir réalisé cette course au départ de la vallée, surtout parce qu’il s’agissait de la 100ème.”

Alain Iglesis, le 2 juin 2019 en sortant du couloir en Y

L’aiguille Verte en quelques repères

Depuis longtemps ce sommet mythique, qui domine la vallée de plus de 3000 mètres, attire les regards. 

Le 29 juin 1865 Edward WHYMPER et ses deux guides Suisses Christian ALMER et Franz BINER réalisent la première ascension de l’aiguille Verte. Cette première échappe aux guides Chamoniards. Désormais la voie normale porte le nom de l’alpiniste Anglais (couloir Whymper).

Armand Charlet (1900 1975) est l’une des figures les plus marquantes de l’alpinisme de l’entre-deux-guerres

On ne peut évoquer “La Verte” sans penser à Armand CHARLET, qui entre 1924 et 1960 a gravi ce sommet 100 fois par quatorze itinéraires différents. A cette époque, le téléphérique des Grands-Montets n’existait pas. Pour gravir ce sommet versant glacier d’Argentière, il fallait partir à pied depuis la vallée. Le matériel était rustique. La technique du cramponnage frontal n’était pas à l’ordre du jour. Les saisons étaient courtes. La pratique de l’alpinisme l’hiver n’était pas dans les moeurs. L’évolution du matériel de ski et d’alpinisme a rendu cette ascension plus aisée.

Ce sommet est devenu mon terrain de jeu favori. Sa configuration est exceptionnelle. Quatre arêtes rocheuses débouchent sur une calotte glaciaire. Les itinéraires sont très variés. Je trouve toujours un parcours en harmonie avec la saison. L’hiver et le printemps, je privilégie les voies glaciaires. Je me réserve les courses d’arêtes pour l’été et l’automne. Toutes les ascensions sont différentes,selon la saison et l’heure à laquelle on arrive au sommet. En décembre 2013, j’ai eu l’occasion d’assister à quelques heures d’intervalle au coucher de la pleine lune et au lever du soleil. Le réchauffement climatique qui impacte notre environnement n’interdit pas le parcours des itinéraires classiques de “La Verte”. Il suffit de s’adapter en parcourant la montagne plus tôt en saison.

Les pratiquants du vol libre se dispensent d’un retour parfois fastidieux et se lancent de nouveaux défis. Pour ma part, n’étant pas un adepte de cette discipline, les approches et les retours s’effectuent de façon traditionnelle (à pied où à skis selon la saison). 

By Mountain Path & Alain Iglésis

Sortir du refuge et refaire cordée

8 juin 2020 Posted by Uncategorized 0 thoughts on “Sortir du refuge et refaire cordée”

Pour un alpiniste, sortir du refuge n’est jamais anodin. C’est un moment privilégié, pour clarifier ses intentions et ses motivations afin d’orienter toute son énergie vers le sommet. Cet instant symbolique a quelque chose d’un rituel, un temps de concentration et de mobilisation, un moment pour s’accorder avec soi-même, les autres et le monde. Puis la corde viendra relier chacun pour débuter l’ascension. 

Sortir du confinement, c’est donc sortir du refuge et refaire cordée. Et pour bien débuter cette nouvelle ascension, il faut se rappeler sur quoi l’on pose ses pas, ce qui nous inspire et nous motive. Pour créer un mouvement vers l’extérieur, il faut réapprendre à orienter son regard, lever les yeux dehors, vers un sommet désirable. 

“L’alpiniste est un homme qui conduit son corps là où, un jour, ses yeux ont regardé”

Gaston Rebuffat
Samviel - Le Grand Soir (1930)
Samivel – Le Grand Soir (1930)

Alors vers quel sommet désirable chaque individu, chaque organisation, chaque pays va-t-il se remobiliser demain ? Pour sortir du refuge, il faut être inspiré, aspiré par le sommet. C’est le point de départ de tout projet, de toute nouvelle création : l’inspiration. D’en bas, nos yeux sont attirés vers les hauteurs enneigées, fantasmant un univers brillant et merveilleux. Cette verticalité comme décrit le philosophe Pierre Henry Frangne, “nous permet de faire l’épreuve de notre vulnérabilité, de notre fragilité, de notre précarité”. Nous avons la capacité de nous inspirer de ce qui nous entoure et la montagne, en particulier, nous renvoie toute l’ampleur de cette faculté humaine :

  1. Inspirer, au sens physiologique, désigne l’action par laquelle l’air entre dans le poumon. La montagne, et la nature qu’elle abrite, est un lieu idéal de respiration d’air vif et pur. 
  2. Inspirer, au sens religieux, c’est un mouvement de l’âme, des pensées ou des actions qui sont causées par une insufflation divine. La montagne donne un corps à cette verticalité mystique et religieuse, elle nous renvoie à notre vulnérabilité, à notre place dans le cosmos. 
  3. Inspirer, par extension, désigne l’ “enthousiasme créateur du poète de l’artiste” (Montaigne, Les Essais). La montagne c’est aussi la vigueur de la création, la force de surmonter des épreuves et de changer la vie des hommes. 
  4. Inspirer, c’est conseiller quelqu’un, lui suggérer quelque chose, l’orienter. L’alpiniste doit définir le cap, emmener les autres, à l’image du premier de cordée, qui dirige et prend des décisions.  

Pour les dirigeants aussi, “y aller ou ne pas y aller” est une question permanente

Éclaircir ce qui inspire nos choix est une condition indispensable pour “sortir du refuge” et refaire cordée dans de bonnes conditions et ne pas laisser s’insinuer le doute. Pour les dirigeants, s’avoir s’arrêter un instant sur les bien fondés de leur action est la la clef du succès pour remobiliser chacun. Elle prévient le risque de se précipiter sur de nouvelles opérations, de nouveaux projets. Partager avec les équipes, élaborer avec elles le “pourquoi” s’attaquer à ce sommet, est la dernière étape à franchir, sur le seuil du refuge.

Webinar Gestion de Crise

19 mars 2020 Posted by Uncategorized 0 thoughts on “Webinar Gestion de Crise”

Contagion émotionnelle et résilience : saisir les opportunités de la crise du coronavirus pour refonder nos modèles ?

17 mars 2020 Posted by Uncategorized 0 thoughts on “Contagion émotionnelle et résilience : saisir les opportunités de la crise du coronavirus pour refonder nos modèles ?”
Crise en chinois
Caractères chinois signifiant crise et opportunités

Danger et opportunité, ce sont les deux idéogrammes qui traduisent le mot CRISE en Chinois. Lorsque le temps du danger sera écarté, quelles opportunités allons-nous être capable de saisir (ou pas) de cette pandémie fulgurante ? Cette crise se caractérise fondamentalement par une contagion des émotions inédite au niveau planétaire. Christophe Haag décrit précisément dans son livre les mécanismes irrationnels de la propagation des émotions (éd Albin Michel, La Contagion Emotionnelle). La crise du coronavirus en est une illustration ahurissante.

Le Monde a vécu d’autres évènements dramatiques ces dernières années (le 11 septembre 2001, les vagues terroristes, les guerres au Moyen Orient, la pandémie Ebola, la grippe aviaire etc…). Pourquoi maintenant et aujourd’hui, le Monde craque-t-il et la peur se déploie-t-elle sans retenue ? La contagion émotionnelle, portée par les fakes news, les réseaux sociaux, parfois des médias et des gouvernants fébriles ou décalés, peu préparés à l’incertitude du temps de crise, en est une explication. Ce sentiment de vulnérabilité collective et cette hésitation à la solidarité sont grandement favorisés par les sous-couches fragiles de nos sociétés et nos liens sociaux devenus précaires et évanescents. La crise des gilets jaunes en était un signal faible puissant. La mondialisation fabrique de l’interdépendance et l’interdépendance favorise la propagation des phénomènes, c’est une évidence. L’infiniment petit du coronavirus vient certes fragiliser l’équilibre macroéconomique du Monde, mais il vient surtout nous défier sur le terrain du vivre ensemble et de la proximité. Si l’on parle d’organisations résilientes, de collectifs ou d’individus résilients, on doit considérer des entités autonomes moins connectées, moins interdépendantes, aptes à vivre en autarcie partielle et moins sensibles à l’interprétation d’un flux informationnel décousu, anxiogène et non maitrisé. Sans sombrer dans le survivalisme de bon aloi ni aduler les millénaristes et tenants de la fin du Monde, les mesures de confinement sont une occasion inespérée de réfléchir à ces sujets essentiels du bien commun, de la solidarité, de la résilience collective et individuelle. De revenir aux fondamentaux de la citoyenneté.

Réinventer notre modèle social à l’échelle planétaire

Chacun se félicite des bénéfices et des progrès offerts par la mondialisation, source de prospérité (et d’inégalités majeures ne l’oublions pas). Mais la mondialisation a porté au firmament la valeur « bien-être » comme un graal absolu pour l’humanité alors que nous devons « en même temps » entrer dans le temps de la frugalité. Mais comment transformer ce modèle de société vulnérable en un projet collectif plus durable et résilient ? Cette crise offre une formidable opportunité de réinventer notre modèle sociétal à l’échelle planétaire et de repenser ces interdépendances pour réduire les risques de propagation de ces phénomènes destructeurs, tout en permettant l’émergence d’une intelligence commune et d’une société frugale et résiliente. Mais quand j’écris cette phrase j’ai le douloureux sentiment de débiter des sornettes et des incantations. Dans la crise, essayons de nous souvenir qu’il est essentiel, qu’après le danger, nous soyons aptes à saisir les opportunités immenses que révèlent cet évènement.

Blaise Agresti

Résister à la tentation

7 février 2020 Posted by Actualités 0 thoughts on “Résister à la tentation”

Corréler un esprit critique face à la pensée dominante, apprendre à déjouer les pièges cognitifs et s’appuyer sur des méthodes d’aide à la décision sont des éléments clefs pour bâtir un bon leader en période d’incertitude.

Skieur de randonnée dans une pente vierge de neige poudreuse.

Résister à la tentation de la pente et de la peuf. Résister au crépitement des réseaux sociaux avec des photos de poudreuse et de free-riders qui attisent l’envie et la frustration. Résister à la frénésie et à la boulimie de se jeter dans une pente quand le risque d’avalanche est de 4/5…
Chaque hiver, le bilan des accidents en avalanche n’est qu’une litanie de drames prévisibles, écrits et prémédités par notre inconscient. Les neurosciences ont exploré depuis longtemps les mécanismes du cerveau qui nous conduisent à prendre des risques insensés. La neige poudreuse reste une forme de graal absurde que nous poursuivons au péril de nos vies. Mais personne n’ose relier ces accidents à l’impact des représentations, des images, des réseaux sociaux et de ce marketing du risque sournois qui façonne notre imaginaire de la montagne en hiver depuis quelques décennies. Et, à chaque épisode de neige, c’est la même (triste) histoire.

L’effet domino

La cause principale des avalanches est la présence d’une sous-couche fragile enfouie dans la profondeur du manteau neigeux qui va se rompre lors d’une légère surcharge qu’elle soit provoquée par l’humain et/ou liée à l’évolution des températures. Ce mécanisme est à l’origine d’une part importante des accidents. L’effet domino qui déclenche l’avalanche, comme les mécanismes de déclenchement des crises, obéissent à des règles de probabilité et d’occurrence similaires. Une avalanche est le croisement d’une instabilité potentielle et d’un évènement déclencheur, souvent provoqué par l’Homme. La plupart des experts s’accordent pour dire que plus ils étudient la complexité des mécanismes de déclenchement plus il apparaît difficile d’en fixer la prédictibilité. Alors comment prendre une décision dans ces conditions ? Chaque guide de haute montagne vit quotidiennement dans la pratique de son métier ce questionnement instable risque-décision : s’engager ou ne pas s’engager dans une pente, déclencher ou ne pas déclencher un risque ou une instabilité latente…

S’adapter : la vigilance partagée

Ces questions sont au cœur de la stratégie d’adaptation en montagne face à un environnement incertain. Pour aider le guide, il existe une méthode de réduction des risques inventée par Werner Munter, guide et nivologue suisse. Elle impose 3 étapes itératives : une préalable à la sortie lors de la phase préparatoire (approche régionale), une au départ du projet (approche locale) et une face à un changement significatif du terrain (approche zonale). A chacune de ces étapes, le guide doit évaluer 3 facteurs clefs : le facteur nivo-météorologique (le risque d’avalanche et les conditions météorologiques), le facteur humain (le groupe, ses forces et ses faiblesses) et le terrain local avec ses caractéristiques propres. Cette méthode dite 3X3 est fondée sur l’observation des signaux faibles et du questionnement croisé. Elle est un des outils essentiels à la réduction des risques et d’aide à la décision face au risque d’avalanche en particulier. La résultante est un mode de vigilance adapté et des comportements spécifiques. Cette méthode identifie donc le facteur humain comme un des facteurs clefs de l’analyse des risques. La question essentielle est celle des biais cognitifs et des pièges de notre inconscient.

Déjouer les pièges cognitifs

Décrypter ce que notre cerveau perçoit et comprend, identifier les effets d’entraînements, le désir de séduction, l’excès de confiance, les biais d’ancrage, de croyance et de confirmation (tendance, très commune, à ne prendre en considération que les informations qui confirment les croyances et à ignorer ou discréditer celles qui les contredisent) et bien d’autres. Combien sont ceux qui disposent de ces connaissances fines parmi les leaders, les guides de montagne, les managers ou les équipes qui dirigent des organisations dans un monde incertain ? Cette carence majeure de nos systèmes éducatifs et de notre formation continue (la compréhension des comportements face au risque et à l’incertitude) fragilise depuis bien longtemps la qualité des choix et des orientations.

En définitive, il s’agit bien de corréler un esprit critique et de résistance à la pensée dominante, d’apprendre à déjouer les pièges cognitifs, de s’appuyer sur des méthodes d’aide à la décision et de conserver une vigilance fondée sur l’écoute fine de notre intuition. Ces éléments constituent probablement les clefs pour bâtir un bon leader en période d’incertitude.

Blaise Agresti

Sur ce sujet du renoncement, Blaise Agresti était l’invité de Pauline Alleau, Journaliste à France 3 Alpes, lors du 12/13 du mardi 05 février. L’émission est à retrouver ici : https://france3-regions.francetvinfo.fr/auvergne-rhone-alpes/emissions/jt-1213-alpes

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